La lutte contre le changement climatique en Europe

Catégorie(s) : Climat

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Feux ravageurs, inondations et disparitions des récifs coralliens en Australie, ouragans aux Amériques, fonte des glaces aux pôles, sécheresses en Afrique, canicules en Europe : depuis quelques années, les extrêmes météorologiques s’accumulent autour de la planète. Et c’est l’activité humaine qui en est à l’origine, alimentant un réchauffement climatique aux effets de plus en plus dévastateurs. Selon le rapport spécial du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) sur le réchauffement climatique de 1,5°C, ce que nous vivons aujourd’hui n’est que le début – à moins que nous arrivions à agir ensemble, et vite.

L’urgence climatique… pas de nouvelle !

Depuis l’été 2018, des jeunes manifestent partout dans le monde lors des Fridays for Future (grèves étudiants pour le climat) pour attirer l’attention du public, des entreprises et dirigeants sur cette l’urgence climatique. Leur engagement et la prise de conscience grandissante des populations ont porté leurs fruits dans l’Union européenne : lors des élections européennes en mai 2019, le parti des Verts a remporté un score historique. Même s’il reste loin derrière les partis classiques, l’engagement de lutter contre le réchauffement climatique est devenu incontournable et s’est donc retrouvé dans les programmes de presque tous les bords politiques. Selon le dernier sondage d’Eurobaromètre, 91 % des citoyens européens voient dans le changement climatique un problème sérieux et 94 % trouvent important de protéger l’environnement.

Cependant, le changement climatique n’est pas une nouvelle. Des scientifiques alertent déjà depuis des décennies sur les risques liés à l’industrialisation et l’augmentation des gaz à effet de serre (GES) dans l’atmosphère. Des premières initiatives politiques sont prises à partir des années ‘90, avec l’adoption de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) en 1992 et la signature par 38 pays industrialisés du Protocole de Kyoto en 1997. En 2005, ce protocole, visant une réduction des émissions de GES, aura été ratifié par 141 Etats. Cependant, les engagements pris sont très loin d’être suffisants. En 2006, le rapport Stern, rédigé par l’économiste britannique Nicholas Stern, démontre que l’inaction va coûter aux Etats 20 fois plus cher qu’un engagement à hauteur d’1 % du PIB pour réduire leurs émissions. En 2015, l’Assemblée générale des Nations Unies confirme que le changement climatique est « l’un des plus grands défis de notre temps » qui mettrait en péril « la survie de nombreuses sociétés ainsi que du système de support biologique de la planète ».

La COP21 – une belle ambition mal réussie

La même année verra enfin un engagement d’envergure : la signature de l’Accord de Paris lors de la COP21 fixe comme objectif de limiter le réchauffement climatique global à 1,5°C. Au-delà, avertit le GIEC, le dérèglement climatique aura des conséquences extrêmement néfastes. Surtout, nous risquons de perdre tout contrôle sur le phénomène et déclencher une réaction de chaîne aux effets irrémédiables et irrévocables. L’Union européenne, qui aura déjà adopté le « paquet Energie-Climat » en 2014, se positionne alors en leader mondial de la lutte contre le changement climatique. Ses objectifs pour 2020 : réduire les émissions de GES dans son sein de 20 % par rapport à 1990, porter à 20 % la part des énergies renouvelables dans la consommation d’énergie de l’UE, et améliorer l’efficacité énergétique de 20 %.

Mais malgré les promesses politiques et avertissements scientifiques, les réalisations des Etats en Europe et autour du globe restent trop peu suffisantes, une partie n’étant pas parvenu à réaliser leurs objectifs pour 2020. Globalement, les objectifs affichés pour les prochaines années sont jugés insuffisants pour assurer un réchauffement climatique limité à 1,5°C… et cela malgré une communication de la Commission européenne de 2018, intitulée « Une planète propre pour tous » qui avertissait que « laisser le changement climatique continuer sur sa lancée actuelle aurait (..) de graves conséquences sur la productivité de l’économie européenne, les infrastructures, la capacité à produire de la nourriture, la santé publique, la biodiversité et la stabilité politique. »

Une nouvelle présidente – un nouvel élan ?

L‘arrivée d‘Ursula von der Leyen à la tête de la Commission européenne a soufflé un nouvel élan pour la lutte contre le réchauffement climatique en Europe. Lors de sa candidature au poste de Présidente de la Commission en juillet 2019, Madame von der Leyen avait promis de proposer un « pacte vert pour l’Europe » dans les 100 premiers jours de son mandat. Elle a tenu parole : le pacte vert – New Green Deal en anglais – a été annoncé le 11 décembre 2019, 10 jours après la prise de poste effective de Madame von der Leyen.

Ce pacte vert vise à « transformer l’UE en une société juste et prospère, dotée d’une économie moderne, efficace dans l’utilisation des ressources et compétitive, caractérisée par l’absence d’émission nette de gaz à effet de serre d’ici 2050 ». En d’autres termes, le but est de devenir une Union neutre pour le climat au cours des 30 prochaines années tout en maintenant une croissance économique. Le tout dans un défi de protéger les citoyens européens des effets néfastes du changement climatique et de la pollution : de l’air et de l’eau plus propres, des aliments plus sains, moins de pesticides, d’engrais, de déchets… Pour en arriver là, le pacte vert fixe quelques points-clés : notamment, décarboner le secteur de l’énergie et rénover les bâtiments – sachant que la production et la consommation d’énergie représentent 75 % des émissions de GES dans l’UE. Mais aussi, rendre les transports plus sains et propres ; et aider les entreprises à innover pour devenir les leaders mondiaux de l’économie verte.

Le coût de la transition – et de l’inaction

Le grand défi dans tout cela, c’est de rendre la transition juste pour tous. Dans une Union européenne fondée sur la solidarité, il va alors falloir aider les régions industrialisées et les travailleurs qui vivent notamment du secteur du charbon. Pour cela, la Commission européenne veut mobiliser un minimum de € 100 billions sur la période 2021-2027 pour investir dans la création de nouvelles opportunités d’emploi dans l’économie verte, les infrastructures et transports, la recherche et l’innovation… Au-delà, l’Union européenne compte sur un plan d’investissement du pacte vert censé susciter et stimuler des investissements publics et privés allant jusqu’à € 1 trillion sur les 10 prochaines années.

Alors que lutter contre le changement climatique est une charge financière pour les Etats, l’inaction coûtera à coup sûr plus cher encore. Faute de mesures, la Commission européenne estime maintenant que « l’UE sera confrontée, au cours de la durée de vie de nos enfants » à de nombreux effets très indésirables : au niveau humain des centaines de milliers de décès prématurés liés à la pollution et aux vagues de chaleur ainsi que des millions de personnes exposées à des crues et inondations chaque année. Du côté économique, on estime des pertes de € 190 milliards par an en cas d’une augmentation de la température moyenne mondiale de 3°C ; sans compter des milliards supplémentaires dues à la mortalité liée à la chaleur. Enfin, le changement climatique risque également de faire flamber les prix pour denrées alimentaires de jusqu’à 20 %.

Nouveau Pacte Vert – un agenda ambitieux

Afin d’éviter ce scénario de catastrophe, la Commission européenne sous Mme von der Leyen s’est fixé un calendrier ambitieux : le 4 mars 2020 elle a dévoilé son projet de « loi climat », censée rendre le Pacte Vert juridiquement contraignant pour tous les membres de l’Union européenne. Celui-ci vise à réaliser la neutralité carbone globale de l’UE d’ici 2050 – laissant une marge pour les pays qui reposent encore lourdement sur l’industrie du charbon et dont le bilan négatif pourra être compensé par des pays déjà plus avancés en termes de transition écologique.

Alors que ce projet de loi donne beaucoup de crédit à la parole de Mme von der Leyen, les détracteurs restent nombreux. Pour les écologistes, sa mise en œuvre va encore prendre trop de temps. Effectivement, le projet de loi ne prévoit un suivi des progrès des Etats membres qu’à partir de 2023 et seulement tous les 5 ans ensuite. Au cas où un Etat ne se conformerait pas aux objectifs de neutralité climat de 2050, la Commission européenne pourra lui adresser des recommandations. L’adressé aura alors une année pour tenir compte de cette recommandation – ou alors expliquer les raisons pour son non-alignement. L’efficacité de cette démarche pour assurer une baisse des émissions de GES drastique d’ici 2030 et la neutralité carbone effective d’ici 2050 semble en effet un peu douteuse…

Prochaine échéance sur l’agenda de la Commission européenne : créer, d’ici l’été 2020 un « plan global visant à porter les objectifs climatiques de l’UE à au moins 50 % et si possible 55 % de façon responsable ». Au cours de l’année 2020 elle compte proposer diverses stratégies (pour une mobilité durable, en faveur de la biodiversité, industrielle, « de la ferme à la table »…), des plans d’action (pour l’économie circulaire, « zéro pollution » pour l’eau, l’air et le sol…), des réformes de la législation relative aux déchets… D’ici 2021 elle souhaite également déclencher des réformes et révisions dans de nombreux secteurs (l’énergie, les transports…) et examiner les plans stratégiques des Etats membres de l’UE.

L’UE – leader global dans la lutte contre le changement climatique ?

Au-delà et à travers son propre engagement, la Commission européenne vise une autre ambition : devenir le leader global dans la lutte contre le changement climatique. Dans l’absence d’une armée et d’un gouvernement central, marques de toute puissance « classique » sur le plan international, l’UE manque souvent d’appui face à des grandes puissances comme les Etats-Unis ou la Chine. Selon une théorie signée par le professeur danois Ian Manners en 2002, l’UE serait alors une « puissance normative » : sa force sur la scène internationale serait sa capacité à inciter d’autres acteurs à suivre son exemple. Le moyen : les normes européennes, diffusées en dehors de ses frontières par le biais de coopérations, des accords commerciaux et la diplomatie – toujours en démontrant le bon fonctionnement et l’attractivité du modèle européen.

C’est bien ce que compte faire l’UE avec sa nouvelle politique verte : dans une communication intitulée « L’UE en tant qu’acteur mondial de premier plan », la Commission européenne appelle à montrer le bon exemple au reste du monde au moyen de son pacte vert, en s’appuyant sur « la diplomatie, le commerce et la coopération au développement ». Le but : « définir des normes pour une croissance durable dans l’ensemble des chaînes de valeur mondiales » !

Cette ambition passera d’un côté par des dialogues appuyés, par exemple au sein du G20 dont les pays sont responsables de 80 % des émissions mondiales de GES. D’un autre côté elle sera appuyée à travers des partenariats commerciaux, avec des engagements en faveur de la durabilité inscrits dans les futurs accords avec de nombreux pays et régions autour du globe. Ensuite, tout dépendra évidemment des ambitions de ces partenaires – tout comme il dépend maintenant de la capacité des Etats européens à unir leurs moyens pour entamer le projet phare de la nouvelle Commission européenne et faire du Pacte Vert une réalité – avant qu’il ne soit trop tard…

Magdalena PISTORIUS

Sources :

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