Un référendum raté n’empêchera pas la Hongrie de refuser les réfugiés

Catégorie(s) : Immigration | Justice et Droits fondamentaux | Schengen

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Le référendum effectué dimanche 2 octobre en Hongrie, concernant le système de distribution des réfugiés de l’UE, n’est pas valide. Le Bureau national des élections hongrois l’a invalidé en raison du faible taux de participation, seulement 39% du recensement électoral. Cependant, même sans victoire, rien ne va empêcher le gouvernement hongrois de fermer ses frontières. Comme l’a déclaré le Premier Ministre Viktor Orbán, « le référendum peut être invalide, les conséquences juridiques sont les mêmes».

Malgré la faible participation, ceux qui se sont rendus aux urnes l’ont fait pour soutenir les slogans de Fidesz, le parti au pouvoir. Une écrasante majorité, 98% des votes, a refusé le quota de demandeurs d’asile attribué à la Hongrie. D’autres partis politiques, comme la formation d’extrême droite Jobbik, se sont également manifestés contre les obligations européennes en matière d’asile. Seul le minoritaire Parti Libéral Hongrois a fait campagne pour le « oui ».

Parallèlement, le Parti Socialiste Hongrois et la Coalition des Partis de Gauche ainsi qu’une vingtaine d’ONG ont encouragé l’abstention. Le but était précisément l’invalidation du référendum. Mais le plus anecdotique a sans doute été l’«anti campagne» lancée par le parti satirique du «chien à deux queues» (MKKP). Cette formation offre de l’humour pour contrebalancer «le climat de haine créé par le gouvernement hongrois», selon son créateur Gergo Kovacs. « Le saviez-vous? L’attentat de Paris a été commis par des immigrants » ou « Le saviez-vous? Près d’un million de migrants veulent venir en Europe à partir de la seule Libye », déclaraient les slogans du gouvernement. Les humoristes répliquaient dans leurs affiches et pamphlets : « Le saviez-vous ? Les gens ne sont pas stupides » ; « Le saviez-vous ? Plus d’un million de Hongrois veulent quitter la Hongrie pour l’Europe » ou encore « Le saviez-vous? Il y a la guerre en Syrie ».

 

<L’une des affiches du parti satirique du ‘chien à deux queues’>

Un référendum médiatique

Aussi longtemps que Victor Orban sera le Premier Ministre de la Hongrie, rien ne permettra que Bruxelles « impose sa volonté », ni le droit européen, ni le national, comme le témoigne l’échec du référendum et l’attitude farouche de l’exécutif hongrois. Pour le parti au pouvoir, le résultat de dimanche n’est pas un échec, mais une victoire montrant une majorité écrasante, reflet du refus généralisé envers les réfugiés. «Le référendum a montré que « seuls les Hongrois peuvent décider avec qui ils veulent vivre en Hongrie » a insisté Victor Orban.

Quoi qu’il en soit, le référendum n’avait pas beaucoup de sens dans la pratique. Le plan européen pour la répartition de 160.000 demandeurs d’asile, adopté l’an dernier par la Commission européenne, n’a pas été correctement mis en œuvre, ni par la Hongrie ni par d’autres pays européens. Des 160.000 demandeurs, seuls quelques 5.600 ont été relocalisés. Quant à la Hongrie, censée d’accueillir 1.294, elle n’en n’a reçu aucun. Le gouvernement hongrois a mené une politique pour « enlever l’eau au poisson ». Ainsi, on a réduit le support financier destiné aux centres d’accueil d’immigrés pour encourager ceux qui y séjournent à continuer sa route vers l’Europe. De plus, quelques installations d’accueil situées en zone urbaine, comme celle de Debrecen, ont été fermées pour mettre en place des camps de tentes provisoires dans des régions éloignées de la population hongroise. D’après quelques ONG sur place, le but du gouvernement est d’éviter à tout prix l’intégration.

« Jeu dangereux » pour l’Europe

La Commission européenne avait déjà averti que le référendum n’aurait aucun effet juridique. En fait, aucun référendum national peut exempter un pays de se conformer au mécanisme de réinstallation. Ne pas le respecter entraine des sanctions économiques. Mais, au-delà des conséquences sur le plan juridique, ce geste met en évidence que le débat sur les réfugiés sera encore source de conflit déterminant pour les futures élections tant nationales qu’européennes. 

Le président du Parlement européen, Martin Schulz, a mis en garde contre le «jeu dangereux» de la Hongrie, spécialement dans un moment si délicat pour l’Europe après le revers causé par le Brexit. Jean-Claude Juncker, a également averti sur les dangers de tels gestes pour l’avenir de l’Union européenne: «si des référendums sont organisés sur chaque décision des ministres et du Parlement européen, l’autorité de la loi est en danger».

Par Susana Isabel Núñez 

Image: Gettyimages

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