Traité d’Aix-la-Chapelle : une impulsion à concrétiser

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Macron-Merkel-25 janvier

56 ans après le traité d’amitié franco-allemand signé à l’Elysée, Emmanuel Macron et Angela Merkel se retrouvent le 22 janvier à Aix-la-Chapelle pour un nouvel accord bilatéral. L’objectif du texte, avant tout symbolique, est de renforcer la coopération en Europe, dans un contexte où celle-ci est menacée de toutes parts. Une avalanche de fausses informations, essentiellement issues de l’extrême droite, prêtent des ambitions démesurées et erronées à Paris et Berlin.

La coopération franco-allemande réaffirmée

La chancelière allemande et le président français se retrouveront demain mardi 22 janvier à Aix-la-Chapelle, capitale de l’empire de Charlemagne et lieu incontournable des histoires allemande et française, pour signer un nouveau traité franco-allemand. Le texte, qui « s’appuiera sur le traité de l’Élysée signé en 1963« , comprendra « sept chapitres et vingt-huit articles qui doivent renforcer la coopération sur la sécurité collective, l’industrie de la défense, les projets économiques et sociaux transfrontaliers« , indique Le Point. L’hebdomadaire rappelle en outre que Mme Merkel et M. Macron avaient pris l’engagement de signer ce texte en janvier 2018.

France et Allemagne s’engagent ainsi « à coordonner leurs positions européennes, à approfondir leur coopération en matière de politique étrangère et à faire converger leurs politiques de sécurité et de défense« , précise Reuters. Une défense mutuelle en cas d’agression armée d’un des deux territoires nationaux est affirmée dans le texte, poursuit l’article de l’agence de presse. Au programme également, la volonté d’inscrire comme priorité à l’agenda diplomatique franco-allemand la création d’un siège permanent au Conseil de Sécurité de l’ONU pour l’Allemagne.

Plusieurs initiatives pour favoriser la convergence entre les deux Etats sur d’autres plans, juridiques et fiscaux notamment, figurent aussi dans le traité. « Les deux pays disent vouloir transposer les directives européennes en même temps et de la façon la plus proche possible. Un accord entre l’Assemblée nationale et le Bundestag doit parallèlement permettre de coordonner leurs travaux et de créer une assemblée commune« , détaille encore Reuters. Enfin, France et Allemagne souhaitent créer une « ‘zone économique’ dotée de règles communes » pour que leurs économies soient davantage intégrées, notamment sur le plan fiscal.

Déluge de fake news

Quelques semaines après le Pacte de Marrakech sur les migrants, qui avait fait l’objet en décembre d’un déluge de fausses informations, cet accord d’Aix-la-Chapelle suscite également un grand nombre de fake news, essentiellement issues de l’extrême droite. Bernard Monot, député européen membre de Debout la France (après avoir quitté le Rassemblement national en mai dernier), a par exemple prétendu dans une vidéo, rapidement supprimée mais fortement reprise sur les réseaux sociaux, que la France allait « en quelque sorte » céder l’Alsace et la Lorraine à l’Allemagne [France Bleu].

La cheffe du Rassemblement national Marine Le Pen a quant à elle affirmé que « la France [s’apprêtait] à signer un traité de coopération avec l’Allemagne contraire aux intérêts nationaux, car Paris abandonnerait son siège de membre permanent au Conseil de sécurité de l’ONU » [BFM TV]. Comme l’explique la chaîne d’informations en continu, pour Mme Le Pen, il s’agirait d’un « traité caché, dévoilé trois jours avant sa signature pour que les opposants ne puissent pas réagir à celui-ci« . Des affirmations « proprement scandaleuses » pour Hélène Miard-Delacroix, historienne spécialiste de l’Allemagne, interrogée par BFM. Celle-ci rappelle en effet que la France entend seulement œuvrer pour la création d’un siège permanent pour l’Allemagne au Conseil de Sécurité, mais aucunement céder le sien et que ce texte « n’est pas du tout fait en catimini, car il était prévu depuis plusieurs années« .

Une portée surtout symbolique

Plus généralement, le traité se veut avant tout symbolique, réaffirmant le rôle moteur du couple franco-allemand dans la construction européenne à l’heure où celle-ci est sévèrement menacée. Pour Jean-Dominique Merchet dans L’Opinion, « ce traité ne marque en rien un virage de la diplomatie française ou un moment historique de la construction européenne« .

Les deux parties signataires de l’accord le reconnaissent par ailleurs volontiers. « C’est un mandat pour l’avenir, pas un aboutissement. Il faudra le traduire en mesures concrètes« , explique-t-on côté allemand. De son côté, l’Elysée souligne que « le contexte européen est objectivement difficile » et qu’il convient de donner « une nouvelle impulsion politique » avec un « couple franco-allemand à l’offensive » et « au service de l’intégration européenne« , cite L’Opinion. Par « contexte européen difficile« , il faut comprendre le « Brexit dans l’impasse [auquel] s’ajoutent les querelles franco-italiennes, l’incapacité de l’Union européenne à mettre en place une politique migratoire commune et la poussée attendue des partis ‘populistes’ aux élections européennes de mai prochain« .

Dans Le Journal du dimanche, Joachim Bitterlich, ancien conseiller d’Helmut Kohl, propose une analyse similaire, estimant  que « c’est une base sur laquelle on peut travailler, mais qui reflète les limites des deux gouvernements« . M. Bitterlich déplore notamment « la maigreur des ambitions affichées sur les questions de l’immigration, de l’énergie et de l’aide publique au développement« . De même, « sur l’environnement et le social, c’est en deçà de ce qu’on pouvait espérer« , selon Manuel Lafont Rapnouil, directeur de l’European Council of Foreign Relations (ECFR), également interrogé par le JDD.

Outre-Manche, la BBC reprend l’analyse d’Alistair Cole, professeur à l’université de Cardiff, qui estime également que « l’importance du traité repose dans son symbolisme« . Pour M. Cole, dans le contexte d’une Europe post-Brexit, le texte est avant tout destiné à « déclarer la centralité de la France et de l’Allemagne, même si en pratique elles ne sont pas toujours d’accord’« .

Le couple franco-allemand ne suscite par ailleurs pas la sympathie partout en Europe, ajoute la BBC. Le média prend pour exemple le ministre de l’Intérieur italien Matteo Salvini qui, dans une visite en Pologne le jour où le texte du traité a été dévoilé, a affirmé vouloir défier la « domination » des deux Etats en Europe et qu’il était « temps d’opposer à l’axe franco-allemand un axe italo-polonais« .

Source : LeMonde.fr

Crédits photo : Bundesregierung/Bergmann

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