[Revue de presse] Brexit : un très incertain report

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Les députés britanniques ont voté jeudi 14 mars en faveur d’un report de la date du Brexit, initialement prévu le 29 mars. Mais encore faut-il que sa durée soit précisée et surtout qu’il soit approuvé par les Vingt-Sept… La presse souligne le caractère très incertain de la suite des événements. 

Un Brexit « sans fin« 

« Bienvenue dans un Brexit sans fin« . C’est ainsi que Le Figaro présente la séquence politique qui s’est déroulée hier soir au parlement britannique. Après avoir rejeté une sortie sans accord de l’UE, un no deal, mercredi 13 mars, « les députés britanniques se sont [en effet] prononcés, jeudi 14 mars, pour un report du Brexit et un nouveau vote sur l’accord de retrait de l’UE » [Franceinfo]. D’ici le 20 mars, ils devront donc de nouveau se prononcer sur l’accord de sortie conclu en novembre avec Bruxelles. Et ce pour la troisième fois, alors que la Chambre des communes l’a déjà massivement rejeté à deux reprises : le 15 janvier puis deux mois plus tard, le 12 mars…

C’est le résultat de ce troisième vote sur l’accord de sortie qui devrait conditionner la durée du report du Brexit que demandera Theresa May au Conseil européen des 21 et 22 mars. Si l’accord est finalement accepté, la Première ministre britannique « se fait fort d’obtenir, dès le Conseil européen du 21 mars, un court ‘report technique’ de trois mois destiné à faire voter les lois découlant de l’accord de Brexit » [Le Monde].

En revanche, « si les députés [britanniques] persistaient dans leur refus, elle devrait solliciter un report d’un an, voire davantage, sans perspective précise, sans aucune certitude d’un accord des Vingt-Sept, et, cerise sur le gâteau, avec l’obligation d’organiser au Royaume-Uni les élections européennes de la fin mai« , résume le quotidien.

Theresa May met les députés britanniques dos au mur

Mais les innombrables conséquences d’un report long suffiront-elles à dissuader la Chambre des communes de refuser ce fameux accord de sortie une troisième fois ?

Si la Première ministre britannique « a échoué à conduire son pays vers un Brexit le 29 mars, […] elle espère encore réussir à faire adopter l’accord« , observe Libération. Selon le journal, la stratégie de Theresa May consiste à « faire peur aux Brexiters » de son propre camp, ardents défenseurs d’une rupture radicale entre le Royaume-Uni et l’UE.  Car si ces derniers refusaient à nouveau l’accord, ils seraient « à deux doigts de perdre pour de bon leur Brexit tant fantasmé« . Et ils auraient donc « tout intérêt à se contenter du Brexit qu’elle négocie depuis deux ans et demi avec Bruxelles« .

A ce titre, Libération fait savoir que le Democratic Unionist Party (DUP), parti indépendantiste nord-irlandais très opposé à l’accord mais « dont les dix députés assurent une majorité aux conservateurs« , a « laissé entrevoir la possibilité d’un assouplissement de sa position« . Des « signes [montrent] que les eurosceptiques faiblissent« , note ainsi le Financial Times.

D’un autre côté, la Première ministre peut toujours miser sur la menace d’une dangereuse sortie sans accord, faute de solution alternative. « A quinze jours du divorce programmé, Mme May compte sur la menace du chaos ou d’un report de longue durée pour amener les députés tories à basculer au dernier moment en sa faveur« , analyse quant à lui Le Monde.

Mais pour RFI, ce scénario voulu par Theresa May a peu de chance de se produire : « car même si les ultra-Brexiters et le DUP nord-irlandais se laissaient d’ici là convaincre d’appuyer son accord, il restera toujours une bonne vingtaine d’irréductibles Brexiters qui ne changeront jamais d’avis« .

Quoi qu’il en soit, il s’agit du « dernier lancer de dés » de la Première ministre britannique, selon la Une du Daily Telegraph.

Seul un report justifié peut être accepté par les Européens

Cependant, même si l’accord de sortie est une troisième fois rejeté par le parlement britannique dans les jours qui viennent, Theresa May demandera aux Vingt-Sept un report de la date du Brexit. Mais là encore, rien n’est joué. Ces derniers exigent en effet « une justification » à un éventuel report qu’ils doivent par ailleurs « accepter à l’unanimité » [Le Figaro].

A cet égard, « les dirigeants des pays membres de l’Union européenne examineront toute demande d’un report du Brexit en prenant en compte ses raisons et sa durée, avec pour priorité d’assurer le bon fonctionnement des institutions communautaires« , a réagi la Commission européenne après le vote [Franceinfo].

Mais si les dirigeants européens promettent d’étudier sérieusement la demande de report des Britanniques, celle-ci « embarrasse l’UE« , estime Le Monde. Selon une source bruxelloise, il ne sera « pas question […] d’accepter des extensions à répétition« . « Le cauchemar à Bruxelles serait celui d’un Brexit sans fin, avec des extensions courtes renouvelées dans le seul but d’éviter un ‘no deal’« , précise le journal. Le président du Conseil européen Donald Tusk a appelé pour sa part à directement réfléchir à une extension plus longue, rapporte « si le Royaume-Uni accepte de repenser sa stratégie pour le Brexit« , rapporte Franceinfo.

Enfin, « quelles seraient les conditions pour qu’on puisse obtenir une majorité quelconque au sein de la Chambre des communes sur un quelconque autre deal qui permette d’éviter ce no deal pendant la période d’extension », s’interroge Elvire Fabry, chercheuse à l’institut Jacques Delors, citée par RFI ? Selon Mme Fabry, il n’est donc « pas si évident » que la demande de report de la date du Brexit « débouche sur l’unanimité des 27″. Paris et Berlin travaillent déjà sur une liste de conditions, selon Le Monde.

Source : Toute l’Europe, 15/03/2019

Crédits photo : Beeldbewerking / iStock

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