Droits des femmes : avec l’UE, on avance « petit à petit »

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Citoyenneté, climat, Europe sociale ou encore montée des populismes étaient au programme d’une journée de conférences organisée le 9 mai par l’association Citoyennes pour l’Europe, la Maison de l’Europe de Paris et la société Enedis qui accueillait l’événement. Des débats menés par des femmes et qui ont aussi parlé… des femmes !

La place des femmes en Europe. Voilà ce qui, en filigrane, a marqué les débats organisés jeudi 9 mai dans l’espace Grenelle d’Enedis du 15e arrondissement de Paris. C’est d’ailleurs la célèbre cantatrice Barbara Hendricks qui a ouvert la journée et parlé de son identité de femme et d’Européenne, citant Simone Veil.

Mais si dès 1950 la Convention européenne des droits de l’Homme a fait de l’égalité femmes-hommes l’un des principes fondamentaux de l’UE, ces derniers ne sont toujours pas sur un pied d’égalité en 2019.

Des inégalités persistantes dans le monde du travail

« Dès le début, la question de l’égalité hommes-femmes a été affirmée avec force dans les traités« , rappelle Catherine Lalumière, directrice de la Maison de l’Europe de Paris. « Ce n’est pas un hasard car ça fait partie des valeurs fondamentales que nous voulons défendre« , souligne l’ancienne ministre. Et ce principe n’est pas une évidence partout dans le monde.

Mais à l’heure actuelle, malgré des progrès notables, l’égalité femmes-hommes est loin d’être atteinte. Le taux d’emploi des femmes a certes atteint en 2017 un record historique dans l’UE, à plus de 66 %. Mais un tiers d’entre elles travaillent encore à temps partiel et leur taux d’emploi est toujours de 12 points inférieur à celui des hommes.

L’écart de rémunération persiste également : « cette année, les femmes travaillent pro bono à partir du 6 novembre en Europe« , rappelle Isabelle Jégouzo, cheffe de la représentation de la Commission européenne en France. Dans l’Union européenne, les femmes sont mieux formées que les hommes, plus diplômées, et pourtant elles ne représentent que 6,5 % des membres des conseils d’administrations des plus grosses compagnies européennes… « Cela signifie que les compétences ne sont pas utilisées à leur plein potentiel et ça pèse sur l’économie« , observe Mme Jégouzo.

Dans une étude annuelle sur l’égalité femmes-hommes, l’exécutif européen note qu’attirer davantage les femmes sur le marché du travail pourrait accroître le PIB européen de 820 milliards d’euros d’ici 2050. Ailleurs dans le monde, « l’absence d’égalité et l’absence d’éducation des filles est l’un des facteurs majeurs d’entrave au développement« , souligne d’ailleurs Isabelle Jégouzo.

A l’échelle planétaire, les femmes subissent également de plein fouet l’impact du changement climatique : « Elles sont les plus touchées dans des situations extrêmes mais aussi du fait de la dégradation des ressources naturelles« , selon l’économiste Laurence Tubiana, ambassadrice pour les négociations de la COP21.

Les femmes, actives contre le réchauffement climatique

L’UE a pris et continue de prendre un certain nombre d’initiatives afin de protéger les droits des femmes et d’améliorer leur indépendance économique. Au-delà de la base juridique proposée par les traités, d’autres outils leur permettent aujourd’hui de conserver ou d’acquérir davantage de droits.

Plusieurs directives ont été adoptées en ce sens. La plus récente porte sur l’équilibre entre vie privée et vie professionnelle, validée au début de l’année par le Parlement européen. Avec ce texte, on permet « partout dans l’UE d’avoir un minimum de 10 jours de congé paternité et puis un congé parental de 4 mois avec seulement deux mois transférables à l’autre« , observe Isabelle Jégouzo. « On avance petit à petit avec l’UE« .

Les fonds structurels qui financent un certain nombre de projets et notamment des initiatives dans le domaine de la formation ou qui facilitent l’emploi des femmes sont aussi un outil fondamental de cette politique sociale et transversale de l’UE. Le fonds FEDER a par exemple contribué à financer une crèche qui s’adresse uniquement aux familles monoparentales dans la région des Pays de la Loire.

Et puis, les femmes se mobilisent pour elles-mêmes ! « Elles sont surreprésentées dans la lutte contre le réchauffement climatique« , note par exemple Laurence Tubiana. « Les jeunes qui conduisent les mouvements pour le climat sont des femmes. Générations après générations, l’idée que ‘les hommes ont mis un tel désordre qu’il n’y a que les femmes pour arranger‘ revient« , rit-elle.

Dans les négociations climatiques, les femmes peuvent apporter beaucoup car le sujet « suppose une vision de long terme pour convaincre« , observe l’économiste. « Et le fait d’avoir une culture de la conviction et non pas de l’autorité est la meilleure manière d’emmener les gens avec nous« .

« C’est le point fort des femmes qui acceptent de montrer leurs émotions« , abonde Claude Nahon, directrice Environnement et Développement durable chez EDF. Pour preuve, cette dernière incite Laurence Tubiana à raconter qu’elle a éclaté en sanglots de fatigue en présentant l’accord de Paris à des pays pétroliers après une nuit d’intenses négociations et a ainsi réussi à les convaincre de le signer.

Les femmes, menacées par la montée des populismes ?

Si l’Europe progresse en matière d’égalité femmes-hommes, la montée des partis populistes d’extrême droite et de droite radicale pourraient toutefois remettre en question ces avancées.

« Ces partis menacent l’UE car ils font de vrais scores à l’échelon national et notamment dans des pays que l’on croyait immunisés de part leur histoire (Allemagne, Espagne)« , explique Magali Balent, chercheuse associée à l’IRIS et maître de conférences à Sciences Po.

« Ils menacent l’UE car le libéralisme politique est consubstantiel à l’UE alors que ces partis ne sont pas libéraux au sens politique : ils sont prêts à s’asseoir sur les droits de l’Homme au profit de la sécurité des nationaux« , poursuit la chercheuse. Et cela concerne aussi certains partis qui s’affichent républicains et démocrates mais ne disent pas « que les droits de l’Homme s’appliquent aussi aux minorités et ont, de ce point de vue, un discours ambigu. »

Certains partis populistes, qui ont atténué leurs discours dans une logique de conquête électorale, utilisent toujours le droit des femmes pour s’attaquer à l’islam, qui ne respecterait pas l’égalité femmes-hommes. « Il faut donc se demander jusqu’où ils sont sincères« , prévient Magali Barbent.

Aux élections européennes, les femmes votent pourtant bien moins que les hommes : à l’échelle de l’UE, leur participation est inférieure de 11,6 points, selon le Parlement européen. « L’Europe leur paraît sans doute un peu lointaine et pourtant, sans l’Europe, les droits des femmes sont véritablement en danger« , s’alarme Isabelle Jégouzo.

Certes, le Parlement européen n’est pas compétent en matière d’avortement, par exemple, mais « il se fait l’écho d’une opinion publique européenne« , défend « la citoyenneté européenne liée à la tolérance » et construit « le droit qui protège ma liberté« , abonde Isabelle Coustet, représentante de l’institution en France.

Source : Toute l’Europe, le 17/05/2019

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