[Le Récap’ des européennes] J-10 avant le vote en France

Catégorie(s) : Actualités | élections

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Cette semaine dans la campagne : en France, c’est le lancement officiel. Au niveau européen, les candidats à la tête de la Commission ont débattu mercredi, le Royaume-Uni participera bien au scrutin et les nationalistes cherchent toujours à s’organiser.

En France, la campagne officielle est lancée

C’est officiel, la campagne pour les élections européennes du 26 mai (25 mai dans certains territoires d’outre-mer) a commencé ce lundi 13 mai en France. Les têtes de listes auront jusqu’au 25 mai à minuit en métropole pour convaincre les électeurs de glisser dans l’urne un bulletin à leur nom… que leurs partis devront d’ailleurs imprimer eux-mêmes. Au détriment de certaines petites listes qui n’en n’ont pas les moyens.

Du 14 au 23 mai, les téléspectateurs ont notamment le bonheur (ou pas) de visionner les clips des 34 listes déposées pour ce scrutin sur les chaînes d’information publiques, selon des règles précises encadrées par le Conseil supérieur de l’Audiovisuel (CSA) pour répartir les temps d’antenne. Le temps de parole accordé à chacune des listes – c’est-à-dire le temps dont ils disposent pour diffuser leur clip – résulte d’un calcul complexe : il combine notamment les performances des formations aux dernières européennes et aux élections les plus récentes, les indications des sondages et la contribution des candidats à l’animation du débat électoral. Et le premier bénéficiaire n’est autre que La République en Marche, avec 55 minutes 53 secondes.

Siège du CSA à Paris - Crédits : Fred Romero / Flickr CC BY 2.0Siège du CSA à Paris – Crédits : Fred Romero / Flickr CC BY 2.0

Mais c’est également à la télévision et à la radio que les candidats ont principalement l’occasion de confronter leurs idées, avec une multiplication de débats à quelques jours du scrutin, notamment le 17 mai sur Public-Sénat et France 24, puis le 22 mai sur France 2 et enfin le 23 mai sur France info puis BFMTV. Mais l’organisation du débat de France 2, qui sera probablement le plus visionné, suscite une nouvelle polémique. Divisé en deux temps, celui-ci opposera à partir de 21h des personnalités, pas nécessairement candidates, représentant les six partis favoris : Marine Le Pen (RN), Stanislas Guérini (LREM), Laurent Wauquiez (LR), Raphaël Glucksmann (PS-PP-ND), Yannick Jadot (EELV) et Manon Aubry (LFI). Tandis que les représentants des listes créditées à moins de 5% sont « reléguées » en deuxième partie de soirée.

Ces derniers n’ont pas manqué, outre la présence de chefs de parti, de critiquer le dispositif de l’évènement. Benoît Hamon, tête de liste de Génération.s, a reproché à la présidente de France Télévisions Delphine Ernotte d’avoir voulu donner « quelques gages à l’Elysée« , et menace de décliner l’invitation si la situation n’évolue pas. Jean-Christophe Lagarde (UDI) a pour sa part fustigé une « attitude scandaleuse de la part du service public« . En signe de contestation, Benoît Hamon, Jean-Christophe Lagarde, Nicolas Dupont-Aignan (Debout La France), se sont tous les trois réunis mercredi 15 mai devant France Télévisions pour protester.

Hors des écrans, les deux chefs de file Nathalie Loiseau pour En Marche et François-Xavier Bellamy pour Les Républicains ont eu l’occasion d’affronter leurs projets sur l’Europe au sein de l’institut Montaigne, un think tank libéral. L’objectif ? Capter l’électorat de droite encore indécis à dix jours des élections. En amont de cet échange pour le moins tendu, l’ancienne ministre des Affaires européennes avait déclaré refuser tout débat télévisé avec un candidat autre que Jordan Bardella, qu’elle considère comme son seul vrai rival. « Nous sommes à un moment dangereux de la construction européenne« , a-t-elle justifié. Sur le même ton, dans un entretien au Monde, Nathalie Loiseau met en garde contre l’arrivée massive du Rassemblement national et de ses alliés au lendemain du scrutin.

Promesse tenue, puisque Nathalie Loiseau a débattu en tête à tête avec son jeune adversaire mercredi 15 mai sur BFMTV. Frontières, « SMIC européen », intégration européenne, accords de libre-échange… les deux formations aux visions irréconciliables s’opposent sur tous les sujets. Pour la première, il n’y a « pas de France forte sans Europe forte » tandis que le second appelle à un « référendum » contre la politique d’Emmanuel Macron.

Soucieux de l’absence de dynamique des Marcheurs devancés par le RN dans le dernier sondage Ifop, le chef de l’Etat a fait son entrée en campagne pour réaffirmer la stratégie de LaREM, le fameux match entre « progressistes » et « populistes », et mobiliser l’électorat. Comment ? En apparaissant dans une nouvelle affiche de campagne imprimée en 60 000 exemplaires avec le slogan « En marche pour l’Europe, le 26 mai, je vote Renaissance ». De quoi agacer l’opposition, tandis que certains y voient un désaveu de la tête de liste, qui peine à convaincre.

L’opposition continue aussi de dénoncer le duel « nationalistes » versus « progressistes ». Un « kidnapping« , pour Raphaël Glucksmann, tête de liste PS-PP-ND. Des élections « confisquées« , pour Manon Aubry, tête de liste France insoumise ou encore « volées« , selon Benoît Hamon pour Génération.s. Tous dénoncent une situation qui selon eux nuit au débat européen. Pour sa part, Raphaël Glucksmann reste convaincu qu’une union de la gauche est envisageable.

Les Marcheurs peuvent cependant compter sur le soutien de l’eurodéputée LR Françoise Grossetête qui ne se représente pas. Celle-ci a déclaré soutenir la liste de Nathalie Loiseau afin d’éviter « à tout prix […] à la France une nouvelle victoire du Rassemblement national aux élections européennes« . Quant aux maires LR de Nice et Reims Christian Estrosi et Arnaud Robinet, deux « Macron-compatibles » qui avaient pris leur distance avec leur famille politique, ils appellent finalement à voter pour François-Xavier Bellamy. A gauche, l’ex-ministre de l’Education nationale Najat Vallaud-Belkacem a annoncé soutenir la liste PS-PP-ND aux européennes.

Enfin, une très forte abstention est attendue lors de ce scrutin, principalement chez les jeunes de 18 à 24 ans. 77 % d’entre eux comptent s’abstenir selon le dernier sondage Ifop (contre 74% en 2014) et 68% affichent leur désintérêt.

Et cela en dépit d’un certain nombre d’initiatives visant à mobiliser les citoyens. Parmi celles-ci, la campagne décalée du gouvernement #CeciNestPasUnIsoloir, qui mise sur l’humour, ou encore l’engagement du réseau social Snapchat, qui en partenariat avec le Parlement européen, lance une vaste campagne, avec des filtres « Je vote ».

En Europe, la bataille pour la tête de la Commission fait rage

Jan Zahradil (CRE), Nico Cué (GUE), Ska Keller (Verts), Margrethe Vestager (ADLE), Frans Timmermans (PSE) et Manfred Weber (PPE) à Bruxelles le 15 mai 2019 - Crédits : Jan Van de Vel / Flickr CC BY 2.0Jan Zahradil (CRE), Nico Cué (GUE), Ska Keller (Verts), Margrethe Vestager (ADLE), Frans Timmermans (PSE) et Manfred Weber (PPE) à Bruxelles le 15 mai 2019 – Crédits : Jan Van de Vel / Flickr CC BY 2.0

Qui pour succéder à Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission européenne ? Si pour Emmanuel Macron et Angela Merkel, il n’y a pas d’automaticité entre la victoire d’une famille politique aux élections européennes et la nomination de son chef de file à la tête de la Commission européenne, les fameux Spitzenkandidaten veulent néanmoins y croire. Un débat, diffusé par l’Eurovision et retransmis notamment sur Franceinfo, en a opposé 6 d’entre eux mercredi 15 mai au soir : Manfred Weber (PPE), Frans Timmermans (PSE), Jan Zahradil (CRE), Ska Keller (Verts), Nico Cué (GUE) et Margrethe Vestager (ADLE).

Si Manfred Weber est le favori des sondages, il est loin de faire l’unanimité. Les dirigeants européens pourraient préférer proposer au vote des députés européens un candidat plus consensuel, le Parlement européen devant en effet valider ce choix. « Je crois que nous devons […] éviter le compromis sur le moins bon candidat« , a ainsi répété Emmanuel Macron le 9 mai. Absent du débat, le négociateur en chef du Brexit pour l’UE Michel Barnier, lui aussi membre du PPE mais plus proche du centre, pourrait-il faire l’affaire ? Le bruit court depuis plusieurs mois, ce dernier menant discrètement campagne, même s’il a récemment refuser de confirmer ses ambitions européennes au JDD.

Le Royaume-Uni participera bien aux élections… sans siéger ?

La Première ministre britannique Theresa May a fait savoir mardi 14 mai que l’accord de sortie de son pays de l’UE allait être soumis début juin, pour la quatrième fois, au vote des députés du Royaume-Uni. L’accord ne sera donc pas ratifié avant le scrutin européen. La participation des Britanniques à ce dernier, qui aurait pu être annulée en cas de validation de l’accord avant sa tenue, est donc maintenant certaine et aura lieu le 23 mai.

« Nous allons redoubler d’efforts […] pour que le délai après les élections soit aussi court que possible. Dans l’idéal, nous aimerions parvenir à ce que les nouveaux élus européens du Royaume-Uni ne siègent pas au Parlement européen« , avait par ailleurs plus tôt précisé David Lidington, numéro 2 du gouvernement britannique. Ce qui signifie que l’objectif actuel de l’exécutif du Royaume-Uni est de faire en sorte que le pays quitte l’UE après les élections européennes, mais avant la première session plénière du Parlement européen le 2 juillet.

Le Parti conservateur de Theresa May se serait pourtant bien passé de cette élection surprise, encore improbable début avril, avant la décision des Européens d’accorder un report « flexible » à Londres jusqu’au 31 octobre 2019. En effet, selon un sondage publié en fin de semaine dernière par The Observer, le Brexit Party de l’europhobe Nigel Farage, en progression, domine toujours les intentions de vote avec 34 % des voix, devant les travaillistes (21 %), les libéraux-démocrates (12 %) et les conservateurs, qui essuieraient un camouflet avec seulement 11 % des suffrages.

La charge populiste

Les eurosceptiques et europhobes ne dominent cependant pas partout en Europe. En Allemagne, par exemple, les listes pro-européennes pourraient recueillir entre 69 et 76 % des votes, contre 57,5 % en France, selon des sondages sur lesquels s’est appuyé France Inter. Un score en faveur de l’UE qui s’explique notamment, outre-Rhin, par la poussée des Verts allemands. Ceux-ci pourraient terminer deuxièmes de l’élection, d’après un sondage paru vendredi 10 mai les créditant de 19 % des voix.

Mais les forces populistes semblent encore avoir de beaux jours devant elles. En Italie, la Ligue du ministre de l’Intérieur Matteo Salvini, formation politique d’extrême-droite, pourrait largement l’emporter le 26 mai. L’une des dernières estimations de vote, parue dans le Corriere della Sera le 10 mai, la créditait de 30,9 % des voix si l’élection avait lieu le jour même. Un recul de 6 points par rapport au mois précédent, mais le résultat demeure toujours très important. Fort de ce soutien populaire, le leader de la Ligue a fait savoir, dans un dernier pied de nez aux institutions de l’UE, qu’il n’hésiterait pas à enfreindre les règles budgétaires européennes à l’avenir… après avoir pourtant cédé sur ce point fin 2018.

De son côté, la cheffe du Rassemblement national Marine Le Pen tente de mettre toutes les chances de son côté pour constituer une grande alliance nationaliste au Parlement européen, au sein de laquelle figurerait notamment Matteo Salvini. Poursuivant sa tournée européenne en quête d’alliés, Mme Le Pen était en Slovaquie lundi 13 mai et en Estonie le lendemain.

Eurosceptiques et europhobes peuvent par ailleurs compter sur le soutien numérique de la Russie, d’après une enquête du New York Times. Le media américain estime que des milliers de comptes sur les réseaux sociaux, liés au pays (il est cependant difficile de savoir avec précision de qui ils émanent), diffusent de manière automatique des fake news afin de déstabiliser les démocraties européennes.

Selon un rapport publié mercredi 8 mai par l’agence de sécurité informatique SafeGuard Cyber, pas moins de 50 % des citoyens en âge de voter en Europe auraient été confrontés à des fake news ou des contenus extrémistes sur la toile. A l’instar d’une récente rumeur faisant état de censure à propos d’un sondage défavorable à LaREM.

Et aussi…

En France, les partis pourront maintenant être financés depuis l’étranger, a tranché le Conseil d’Etat. Son avis rendu le 6 mai contredit la position de la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP), qui avait préalablement édicté « une interdiction générale pour les partis ou groupements politiques de percevoir des contributions, quelle qu’en soit la forme, de la part de partis politiques étrangers, d’un pays membre de l’Union européenne ou non« . Une décision qui arrive cependant un peu tard…

Ce ne sont plus 33 mais 34 listes qui sont en lice en France. La 34ème, validée une semaine après les autres, est portée par l’Union des démocrates musulmans, une première en France pour une formation politique dont la priorité est de lutter contre l’islamophobie. Une validation tardive, qui a conduit des personnalités de droite et d’extrême droite à accuser la liste, à tort, de bénéficier d’un traitement de faveur.

74 sièges attribués à la France dans le nouveau Parlement, et cinq supplémentaires si le Royaume-Uni sort de l’UE. Ce cas de figure déjà prévu par le Parlement européen doit être entériné par la loi française sur les députés européens « réservistes » en cas de Brexit, adoptée par l’Assemblée nationale lundi 13 mai. Celle-ci a été approuvée par le Sénat jeudi 16 mai.

Marine Le Pen aurait proposé en novembre à Eric Zemmour de figurer sur sa liste. En troisième position plus précisément, selon L’Express. Ce qu’il a refusé, préférant conserver son rôle de polémiste.

 

Source : Toute l’Europe, 16/05/2019, Boran Tobelem & Steven Kakon

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