Après les élections européennes, la valse des postes clés dans l’UE

Catégorie(s) : Institutions européennes

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Le calendrier européen ne s’est pas arrêté le 26 mai. D’autres étapes marqueront l’année 2019. Des dates clés pour relancer les travaux de fond mais, d’abord, renouveler les dirigeants de l’UE. De nouveaux présidents prendront la tête du Parlement, de la Commission et du Conseil européens. Il y aura également du neuf à la BCE ou à la Cour des comptes… Autant de nouvelles « têtes » qui composeront le nouveau visage de l’UE.

Sitôt connus les résultats des élections européennes, les chefs d’Etat et de gouvernement des Vingt-Huit se sont retrouvés pour un « dîner informel », à Bruxelles le 28 mai.

Au menu : le mercato des postes clés au sein des principales institutions de l’Union européenne. Un jeu d’équilibristes pour répartir, notamment, les futures présidences du Conseil européen, de la Commission et de la Banque centrale européennes… tout en respectant une certaine équité entre les pays de l’Ouest, de l’Est, du Nord et du Sud, les familles politiques, ou encore les hommes et les femmes.

Le 2 juillet, les tout nouveaux eurodéputés prendront, quant à eux, leurs sièges au sein du Parlement européen. Dès cette première session plénière de la 9e législature (2019-2024), parviendront-ils à se mettre d’accord pour élire le nouveau président de l’assemblée ?

En marge des travaux parlementaires qui reprendront bien vite, notamment pour avancer sur le prochain budget de la période 2021-2027, les députés européens devront également auditionner le futur collège des commissaires, qui prendra ses quartiers à l’automne…

20-21 juin : les chefs d’Etat et de gouvernement parviendront-ils à « nominer » des candidats ?

Après un mois de tractations entre les dirigeants européens eux-mêmes, mais aussi entre les Vingt-Huit et les groupes politiques du Parlement européen, les chefs d’Etat et de gouvernement espèrent pouvoir donner, au cours du sommet bruxellois des 20 et 21 juin, les noms des candidats sélectionnés pour prendre les présidences de la Commission européenne et du Conseil européen.

Pour pourvoir la présidence de la Commission européenne, qui consiste notamment à définir les grandes orientations politiques de la Commission, deux types de candidatures seront pris en considération :

  • celles des Spitzenkandidaten, proposés par les formations politiques européennes (notamment l’Allemand Manfred Weber (PPE), le Néerlandais Frans Timmermans (S&D) et la Danoise Margrethe Vestager (ADLE)).
  • celles d’autres personnalités, parfois jugées plus consensuelles et poussées par les chefs d’Etat et de gouvernement (on parle notamment du Français Michel Barnier, salué pour avoir défendu les intérêts de l’UE et des Vingt-Sept face au Royaume-Uni dans le cadre des négociations du Brexit).

En 2014, c’est le Spitzenkandidat du PPE, Jean-Claude Juncker, qui s’était imposé.

S’agissant du Conseil européen, là encore les spéculations vont bon train. Sur Angela Merkel, par exemple, même si elle ne se dit pas intéressée. Ou sur le premier ministre néerlandais Mark Rutte. Le président roumain Klaus Iohannis, la présidente lituanienne Dalia Grybauskaité, voire l’ancienne Première ministre danoise Helle Thorning-Schmidt auraient également leurs chances…

Les dirigeants européens devraient aussi, au cours du Conseil européen des 20 et 21 juin, nommer officiellement le nouveau président de la Banque centrale européenne (BCE), choisi en amont par les ministres des Finances de l’UE.

Le nom de Jens Weidmann pourrait alors sortir du chapeau. Président de l’influente Bundesbank, il est déjà membre du conseil des gouverneurs de la BCE. Réputé très orthodoxe, il semble néanmoins capable d’adoucir sa position. Par souci d’équilibre entre les Etats membres, ses chances seraient toutefois fortement réduites si un Allemand obtenait la tête de la nouvelle Commission européenne.

Les noms du Finlandais Erkki Liikanen et du Néerlandais Klaas Knot circulent donc également. Ainsi que ceux des Français Benoît Cœuré, membre respecté du directoire de la BCE, et François Villeroy de Galhau, l’actuel gouverneur de la Banque de France, dont la nomination serait bien plus facile à défendre auprès des pays du Sud de l’Europe.

1er juillet : un nouvel Etat membre à la tête du Conseil de l’UE

La Finlande prendra la présidence tournante de l’Union européenne, du 1er juillet au 31 décembre 2019. Pendant cette période, ce sont donc les ministres finlandais qui présideront les réunions du Conseil de l’UE – qui rassemble les ministres des Etats membres par domaine de compétence (économie, défense, travail, etc.).

La Finlande succèdera à la Roumanie et précédera la Croatie et l’Allemagne, qui endosseront successivement ce rôle les 1er et 2e semestres 2020.

2-4 juillet : un nouveau président élu au Parlement européen

Les tout nouveaux eurodéputés du Parlement européen prendront leurs fonctions le 2 juillet. L’un de leurs premiers votes consistera à choisir leur président. C’est lui qui aura pour mission de superviser le travail des commissions parlementaires et de représenter l’institution à l’extérieur.

Ce dernier sera élu à la majorité absolue au cours de la première session plénière organisée à Strasbourg du 2 au 4 juillet, pour 2 ans et demi correspondant à la moitié de la législature.

Le 17 janvier 2017, c’est l’Italien Antonio Tajani (PPE, conservateurs) qui avait succédé à l’Allemand Martin Schulz (S&D, socialistes et démocrates). Le PPE et le S&D se sont ainsi succédé de façon quasi systématique au perchoir de l’assemblée. Mais en 2019, avec le recul des partis traditionnels dans plusieurs Etats membres, ces deux grands groupes ont perdu la majorité dont ils disposaient jusqu’alors. Sous le coup de nouvelles alliances, verra-t-on prochainement un président centriste reprendre les rênes de l’hémicycle, comme Simone Veil en 1979 ou l’Irlandais Pat Cox en 2002 ?

Le libéral belge Guy Verhofstadt (ADLE) pourrait d’ailleurs être intéressé. Face à l’Allemand Manfred Weber (PPE), s’il n’obtient pas la présidence de la Commission européenne ? Ou face à sa collègue conservatrice irlandaise Mairead McGuinness ? Elle est « expérimentée« . « Irlandaise« . « Et c’est une femme« , souligne Politico.

Pour se présenter, les candidats doivent réunir le soutien d’un groupe parlementaire ou au minimum de 38 eurodéputés.

Le bureau du Parlement européen, composé de 14 vice-présidents et 5 questeurs, sera également élu lors de la première session plénière. Il est responsable de tous les aspects relatifs à l’administration, au personnel et à l’organisation de l’institution.

15-18 juillet : les eurodéputés adouberont-ils le nouveau président de la Commission européenne ?

Si les chefs d’Etat et de gouvernement parviennent à leur soumettre le nom d’un candidat à la présidence de la Commission européenne, les eurodéputés devront l’élire (ou non) au cours de leur seconde session plénière, du 15 au 18 juillet. En cas de vote défavorable, le Conseil européen devra soumettre une autre candidature au Parlement européen.

Et un chef pour le futur parquet européen ?

Après l’échec des négociations en avril dernier, le nouveau Parlement européen et le Conseil de l’UE devront reprendre le dialogue pour nommer le premier chef du futur parquet européen.

Cette nouvelle instance européenne entrera en fonction fin 2020 pour diriger des enquêtes et mener des poursuites pénales concernant des infractions portant atteinte au budget de l’UE, telles que la fraude, la fraude transfrontière à la TVA, la corruption ou le blanchiment de capitaux.

Le Parlement européen pencherait pour l’heure en faveur de la Roumaine Laura Codruca Kövesi. Mais le gouvernement roumain nourrit une rancœur farouche contre cette ex-magistrate qui n’a jamais hésité à déclencher des poursuites contre les dirigeants corrompus de son pays. La candidature du Français Jean-François Bohnert, actuel procureur général à Reims, apparaît comme plus consensuelle au Conseil.

Septembre-octobre : les auditions des futurs commissaires

Une fois élu, le futur président de la Commission européenne proposera la répartition des différents portefeuilles (Concurrence, Affaires étrangères, Economie, Energie, Transports, etc.) entre les 27 candidats présentés par les Etats membres pour constituer le futur collège des commissaires (ou 28 si le Royaume-Uni est toujours dans l’UE). Se posera notamment la question de savoir qui succèdera à l’Italienne Federica Mogherini, la haute représentante de l’Union pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité.

Avant d’entrer en fonction, le 1er novembre 2019, la nouvelle équipe nommée par le Conseil de l’UE sera minutieusement auditionnée par le Parlement européen. Les eurodéputés pourront ainsi menacer de ne pas adouber le nouveau collège si tel ou tel candidat n’est pas écarté. De fait, en 2014, la Slovène Alenka Bratusek avait été retoquée.

1er octobre : un nouveau président à la Cour des comptes européenne

Un nouveau président de la Cour des comptes européenne prendra ses fonctions le 1er octobre, pour un mandat de trois ans. A moins que l’Allemand Klaus-Heiner Lehne, désigné en 2016 par les 28 membres de cette institution, ne soit renouvelé ?

La Cour des comptes européenne a pour mission de veiller à la bonne gestion financière de l’UE (vérification des comptes, transparence, optimisation des ressources…). Ses 28 membres, eux, sont renouvelés au terme de chacun de leur mandat, d’une durée de six ans. Au début du mois de juillet 2019, deux nouveaux membres, une Croate et un Roumain, prendront par exemple leurs fonctions jusqu’en 2025.

1er novembre : les nouvelles Commission et BCE prennent leurs fonctions

Le mandat de la Commission européenne actuelle s’achèvera le 31 octobre. Le lendemain, c’est donc une nouvelle équipe, dirigée par le successeur du Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, qui sera chargée d’exercer le pouvoir exécutif de l’Union européenne. Et de proposer de nouvelles législations au Parlement et au Conseil (pouvoir d’initiative).

Le 1er novembre entrera également en fonction le nouveau président de la Banque centrale européenne. Un autre poste clé de l’Union, tant la BCE a fait parler d’elle ces dernières années, notamment pour être intervenue en première ligne pendant la crise économique et financière.

C’est en effet cette banque qui gère la politique monétaire de la zone euro, avec l’objectif principal de maintenir la stabilité des prix.

En novembre 2011, c’est l’Italien Mario Draghi qui avait pris la place de Jean-Claude Trichet, pour un mandat de huit ans non renouvelable.

1er décembre : Donald Tusk cède sa place au Conseil européen

Chargé de piloter les travaux et d’encourager le consensus entre les dirigeants, le nouveau président du Conseil européen succédera le 1er décembre, pour deux ans et demi, au Polonais Donald Tusk, ce dernier ayant déjà effectué deux mandats à la suite du Belge Herman Van Rompuy, qu’il avait remplacé le 1er décembre 2014.

Source : Toute l’Europe, le 29/05/2019, Marie Guitton

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