Quel est le programme de travail d’Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne ?

Catégorie(s) : Citoyenneté et Démocratie | Institutions européennes

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Elle n’avait pas partie gagnée, mais Ursula von der Leyen a bien été élue présidente de la Commission européenne, mardi 16 juillet à Strasbourg. Avec seulement 9 voix de marge par rapport à la majorité absolue, elle succédera à Jean-Claude Juncker le 1er novembre prochain. Parmi ses priorités : la lutte contre le changement climatique, le renforcement de la démocratie européenne, les droits sociaux, les droits des femmes, ou encore la si sensible réforme du droit d’asile.

Choisie le 2 juillet par les dirigeants européens pour briguer le poste de présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen n’a disposé que de très peu de temps pour convaincre les députés européens d’approuver sa candidature. Après deux semaines de discussions avec les différents groupes politiques et une matinée d’échanges formels avec les parlementaires, ces derniers ont finalement approuvé sa candidature, avec 383 voix pour (323 contre, 22 abstentions et 1 bulletin nul), faisant d’elle la première femme à occuper la fonction.

Avec une marge de seulement 9 voix par rapport à la majorité absolue fixée à 374 suffrages (car trois députés catalans et un Danois manquent encore à l’appel), Mme von der Leyen a pu compter sur le plein soutien – ou presque – de sa famille politique des conservateurs, représentant 182 sièges, ainsi que des libéraux (108 sièges). Le complément est venu d’environ deux tiers des sociaux-démocrates (154 sièges au total). Comme annoncé, les écologistes n’ont pas approuvé sa candidature. Tandis que la droite souverainiste et l’extrême droite, dont certaines composantes comme la Ligue de Matteo Salvini avaient laissé entendre qu’ils lui apporteraient leur soutien, ont selon toute vraisemblance voté contre.

L’étroitesse de sa majorité (51,27 %) – plus fine encore que celles de Jean-Claude Juncker en 2014 (56,19 %) et de José Manuel Barroso en 2009 (51,9 %) – indique que les marges de manœuvre politiques de la présidente de la Commission élue seront pour le moins réduites. Pour chaque texte législatif émanant de son institution, obtenir le soutien des sociaux-démocrates et des verts ne sera pas une formalité.

Contre la montre

Avant le vote, Ursula von der Leyen se savait en ballotage. Elle qui n’avait pas participé à la campagne des européennes a en effet suppléé son compatriote Manfred Weber, chef de file officiel des conservateurs, mais rejeté par plusieurs chefs d’Etat et de gouvernement, au premier rang desquels Emmanuel Macron.

En catastrophe, Mme von der Leyen s’est donc engagée dans une course contre la montre. Sans programme précis, ses premières prestations ont été fraichement accueillies par les eurodéputés. C’est dire si son discours officiel, dans la matinée du 16 juillet, dans l’hémicycle de Strasbourg était crucial. Le vote, lui, n’est intervenu qu’en fin de journée, après un ultime après-midi de discussions internes aux groupes politiques.

Pour l’écouter, le Parlement européen affiche complet et l’effervescence est de mise. Pour l’Allemande, ministre sans interruption depuis 2005 (Famille, Travail, puis Défense), la marche est haute. Mais c’est avec assurance et sans nervosité apparente qu’elle va décliner son ébauche de programme pour les cinq années à venir. Trente minutes d’un discours efficace, souvent ponctué d’applaudissements qui dépasseront régulièrement les bancs des conservateurs.

Invoquant Simone Veil, première présidente du Parlement européen élue au suffrage universel en 1979, Ursula von der Leyen fait part de sa « conviction européenne« , qui a guidé toute sa vie de « mère, de médecin, de femme politique« . Plaçant « le courage et l’audace » au cœur de sa « vision de l’Europe« , elle assure que cet esprit déterminera la Commission qu’elle a « l’intention de présider« . Sans coup férir, celle qui est née à Bruxelles et qui prononce son allocution en alternant entre l’allemand, l’anglais et le français cherche à se montrer offensive.

Les critiques de la semaine passée ont manifestement été entendues. Par écrit, la ministre allemande a déjà répondu, pendant le week-end, aux demandes de précisions formulées par le centre et la gauche. A l’oral, elle doit maintenant enfoncer le clou pour obtenir une majorité de suffrages, jetant au passage les bases d’un programme de travail. Et quitte à s’engager sur des terrains peu habituels pour un membre du Parti populaire européen (PPE, conservateurs).

Le climat comme première priorité

Dans le domaine de la lutte contre le changement climatique d’abord, Ursula von der Leyen se sait très attendue. Parmi ses engagements, la future présidente de la Commission dit souhaiter lancer un « Green Deal » au cours des 100 premiers jours de son mandat : la neutralité carbone du continent européen à l’horizon 2050, la réduction des émissions de gaz à effet de serre d’au moins 50 % d’ici à 2030 (au lieu de 40 % selon les objectifs actuels), la création d’une Banque du climat avec un plan d’investissement de 1 000 milliards d’euros, ou encore l’établissement d’une taxe carbone aux frontières de l’UE.

Des annonces favorablement accueillies par Iratxe Garcia Perez, cheffe du groupe des socialistes et démocrates (S&D) au Parlement européen, qui s’est également félicitée de la reprise de leur proposition de créer un « fonds de transition » soutenant les efforts climatiques des régions les moins riches. Pour Philippe Lamberts, coprésident du groupe des Verts, Mme von der Leyen a en effet accompli de « nets progrès » en intégrant la neutralité carbone et la taxe carbone aux frontières de l’Europe. Avant de regretter qu’il n’y ait pas eu « un mot » sur la biodiversité et que son programme environnemental ne représente qu’une « inflexion » et non une « révolution« .

Salaire minimum, réassurance chômage, parité femmes-hommes

Sur le plan économique et social, Ursula von der Leyen s’est efforcée de présenter un agenda équilibré, à même de concilier l’ADN libéral des conservateurs et les exigences d’équité des sociaux-démocrates. Ne reniant pas le Pacte de stabilité et de croissance, la future présidente de l’exécutif européen a néanmoins plaidé pour utiliser « toutes les marges de manœuvre » existantes dans son application afin de limiter les politiques de rigueur. « L’économie sert la population » et non l’inverse, a-t-elle déclaré.

Par ailleurs, « la lutte pour l’égalité ne s’arrête jamais« , a affirmé celle qui fut ministre de la Famille puis du Travail lors des deux premiers gouvernements d’Angela Merkel. Favorable à l’instauration d’un salaire minimum partout en Europe, Mme von der Leyen a également repris à son compte l’idée d’une « réassurance chômage » européenne qui viendrait compléter les systèmes nationaux.

Comme en matière écologique, l’agenda économique et social d’Ursula von der Leyen a été plutôt favorablement reçu par la gauche européenne, qui ne cachait pas ses inquiétudes en la matière. « Nous soutiendrons toujours le pilier social« , a ainsi déclaré Iratxe Garcia Perez, se félicitant aussi des engagements pris en faveur de la parité femmes-hommes et de la lutte contre les violences faites aux femmes – deux éléments sur lesquels la candidate allemande, première femme de l’histoire à obtenir le poste de présidente de la Commission, a largement insisté. En revanche, le manque d’annonces précises de Mme von der Leyen en matière d’harmonisation et de justice fiscales, s’agissant notamment de la taxe GAFA, a été dénoncé, laissant craindre la poursuite des divisions européennes dans ce domaine.

Sur le Brexit, Ursula von der Leyen a indiqué être prête à accorder un nouveau délai au Royaume-Uni si Londres en fait la demande « pour une bonne raison« . Une annonce immédiatement reçue par les huées des eurodéputés membres du Brexit Party.

Démocratie : repartir de l’avant après l’échec des Spitzenkandidaten

Sur le terrain glissant de la démocratie européenne également, Ursula von der Leyen, bénéficiaire des tractations opaques des dirigeants européens sur les postes clés de l’UE, est parvenue à donner des gages. S’engageant, en tant que présidente de la Commission, à traduire les résolutions du Parlement européen en propositions de lois, la successeuse de Jean-Claude Juncker entérine un certain partage de l’initiative législative, l’une des plus importantes prérogatives de son institution.

Plus généralement, Mme von der Leyen accède à une demande expresse du groupe Renew Europe (RE, libéraux) auquel appartient La République en Marche, en prévoyant l’organisation d’une « conférence sur l’avenir de l’Europe« . Celle-ci s’étalera sur deux ans à partir de 2020 et a pour objectif de permettre aux citoyens de « jouer un rôle actif dans la construction de l’avenir de l’Union« . Une annonce qui satisfait logiquement Dacian Ciolos, chef du groupe RE au Parlement européen, selon qui cette conférence sera utile pour « parfaire le processus de démocratisation » de l’UE.

Apaiser la colère née du non-respect, par le Conseil européen, du système des Spitzenkandidaten, sera en revanche plus long. Balayé, comme les autres chefs de file des familles politiques européennes, la tête de liste du PPE Manfred Weber a en effet une nouvelle fois déploré que « la fête de l’Europe« , qu’a représenté la forte hausse de la participation, ait été bafouée par les dirigeants des Vingt-Huit. ‘Nous devons incarner une ‘Europe démocratique‘ », a-t-il ainsi fait valoir, espérant que sous l’égide de sa compatriote les « négociations en coulisse » appartiendront au passé. Pour ce faire, Mme von der Leyen réactive l’idée d’introduire des listes transnationales lors des prochaines élections européennes. Un projet soutenu par les libéraux, la gauche et les verts, mais rejeté par les conservateurs pour le scrutin 2019.

Etat de droit, immigration : les points qui fâchent encore

Au-delà de la démocratisation des processus européens ou encore de la fiscalité, d’autres points nécessiteront encore des clarifications dans les semaines qui viennent, au risque de voir certains blocages perdurer.

Cela concerne premièrement l’Etat de droit. Car si Ursula von der Leyen a insisté sur son caractère « universel » et son intention de le défendre « partout où il est attaqué« , allant jusqu’à se déclarer favorable à l’établissement d’un nouveau « mécanisme » pour le faire respecter, plusieurs groupes politiques ont réclamé davantage de précisions. « En quoi consiste [le nouveau mécanisme] ? », a ainsi demandé Iratxe Garcia Perez. La ministre allemande de la Défense n’aura en effet pas tâche facile, d’autant moins que les gouvernements hongrois et polonais, constamment accusés de bafouer l’Etat de droit, ont approuvé sa candidature au sein du Conseil européen.

La situation est analogue s’agissant de l’immigration et plus particulièrement de la réforme du droit d’asile, en discussion depuis maintenant plusieurs années au niveau européen. En la matière, le discours d’Ursula von der Leyen orienté autour de la nécessaire « solidarité » et promettant la constitution de « couloirs humanitaires » a été apprécié. Mais sa capacité à surmonter les divergences européennes est mise en doute. De fait, lorsque Manfred Weber insiste sur l’aspect sécuritaire, Philippe Lamberts s’insurge lui contre « l’Europe forteresse » qui passe des accords avec des « Etats faillis » comme la Libye. La nouvelle cheffe de la Commission trouvera-t-elle un terrain d’entente entre ces positions ? La question reste entière.

Et maintenant ? Les Etats membres vont chacun désigner leur candidat pour un poste de commissaire européen. Ces derniers, s’ils sont acceptés par Mme von der Leyen, se présenteront un à un devant les eurodéputés en fonction de la nature de leur portefeuille – un candidat pouvant être rejeté par les parlementaires. Puis l’ensemble du collège, annoncé paritaire, sera soumis à l’approbation du Parlement, qui se réunit en séance plénière en septembre (16-19), puis en octobre (21-24). Si le calendrier est tenu, la présidente de la Commission européenne devrait ensuite prononcer un premier discours fin octobre, avant une entrée officielle en fonction le 1er novembre.

Source : www.touteleurope.eu

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