[Revue de presse] Royaume-Uni : Boris Johnson entre au 10 Downing Street

Catégorie(s) : Brexit

New Minister Appointed: Boris Johnson Foreign Secretary

Avec une large avance sur son concurrent Jeremy Hunt, Boris Johnson a été désigné, mardi 23 juillet, chef du Parti conservateur britannique. Il s’apprête donc à remplacer Theresa May comme Premier ministre. Farouche partisan du Brexit et figure clivante dans son pays et en Europe, il lui incombe de mener la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne à son terme.

Au terme d’un processus électoral interne au Parti conservateur, entamé le 10 juin dernier à la suite de la démission de Theresa May, Boris Johnson s’est largement imposé face à Jeremy Hunt, mardi 23 juillet. Recueillant environ 66,3 % des voix, l’ex-maire de Londres et ex-chef de la diplomatie britannique est ainsi devenu le nouveau « chef des Tories« . Il « obtiendra les clés de Downing Street mercredi [24 juillet] après-midi« , après avoir été « reçu par Elizabeth II, qui lui confiera la responsabilité de former le gouvernement« , relate la RTBF.

Une personnalité qui détonne

Si son élection n’est une surprise pour personne – M. Johnson était le grand favori de la course depuis la démission de Theresa May – elle ne manque toutefois pas d’interpeller. Notamment car le système de désignation du Premier ministre (en cas de démission) n’appelle que les adhérents du parti en tête à la Chambre des communes à s’exprimer, ce qui représente moins de 0,5 % du corps électoral du pays. De quoi questionner la légitimité du nouvel élu, pointe Sky News (Royaume-Uni).

Mais aussi car la popularité du nouveau résident du 10 Downing Street est plus que fragile. Les adjectifs sont nombreux pour désigner celui à qui incombe désormais la lourde tâche de conduire le Brexit, fixé au 31 octobre au plus tard. « Figure excentrique« , « fantasque » et « dilettante » pour La Croix, Boris Johnson se distingue du reste de la classe politique britannique. « Versatile, pragmatique et opportuniste« , selon Le Monde, il inquiète les Européens. Sa personnalité « lui assure ainsi une popularité incontestée au sein de la base du parti », mais aussi « la détestation de nombre de ses collègues conservateurs« , résume La Croix.

Né aux Etats-Unis, d’un père haut-fonctionnaire, Boris Johnson fréquente « les collèges de l’aristocratie britannique« , notamment Eton puis Oxford. Il travaille ensuite pour le Times et le Daily Telegraph, en tant que correspondant à Bruxelles, ajoute La Croix. Puis c’est en 2001 qu’il fait ses « premiers pas en politique« , à 37 ans. Il ne lui faudra que sept années pour se faire un nom, étant élu maire de Londres en 2008 et réélu quatre ans plus tard, détaille la RTBF. « Des années bancales« , juge le média qui pointe son maigre bilan, mais dont il « ressort [pourtant] intact« .

Partisan d’un « hard Brexit« 

En 2016, il se lance « dans la bataille pour le Brexit« , même si « ses convictions n’y sont pour rien« , croit savoir La Croix. Beaucoup voient en effet « son ralliement à la sortie de l’Union, quelques mois avant le référendum de 2016, comme un moyen d’assouvir ses ambitions personnelles« , décrypte la RTBF. Il devient automatiquement l’une des figures de proue du Brexit, mais il se dérobe au moment de succéder à David Cameron au lendemain du référendum, laissant la place à Theresa May. Un choix que Boris Johnson ne fait pas deux fois, se lançant en 2019 dans la course à sa succession et obtenant donc le poste de Premier ministre à la faveur d’un argumentaire toujours résolument pro-Brexit.

Au cours de la campagne, Boris Johnson affirme ainsi qu’un Brexit dur sans accord avec l’UE serait grandement atténué par une série « d’accords parallèles » déjà conclus avec Bruxelles, indique The Guardian (Royaume-Uni). Ces derniers ne sont toutefois qu’une série de décisions unilatérales de l’Union pour pouvoir faire fonctionner la frontière, tempère le quotidien.

Et à trois mois de la date fatidique du 31 octobre, lesquels comprennent les vacances parlementaires, de nombreux observateurs à l’instar de Pauline Bastidon, de l’Association de transports de marchandises britannique, craignent que le pays soit moins préparé à une sortie de l’UE qu’en mars dernier, date originellement prévue pour le Brexit [The Guardian]. Une réserve également affichée par le patronat britannique, souligne la RTBF, alors que « le Bureau de responsabilité budgétaire britannique a averti qu’un Brexit sans accord ferait passer le taux de chômage au-dessus des 5 % (…) et plongerait le pays dans une récession qui contracterait l’économie de 2 % l’année prochaine » [Euronews].

Pour l’ancien Premier ministre travailliste Tony Blair, qui a signé, le 22 juillet, une tribune dans le Times, Boris Johnson n’a pas tiré les leçons de l’échec de Theresa May à conclure le Brexit et rappelle que « le peuple n’a jamais voté pour sortir de l’UE sans accord« . Le nouveau chef du gouvernement devra en outre composer avec un Parlement également désireux d’éviter un no deal Brexit. Dans une position fragile, Boris Johnson pourrait ainsi rapidement faire face à un blocage politique et se voir confronté à des élections anticipées. S’il partait avant le 19 novembre, Sky News note qu’il deviendrait le Premier ministre au mandat le plus court de l’histoire britannique.

En attendant cette éventualité, l’incertitude est totale sur sa stratégie, explique Le Monde. « C’est un responsable politique qui a incarné des positions, des valeurs et une vision de la société très différentes au cours de sa carrière. Il a changé son fusil d’épaule plusieurs fois et parfois rapidement« , détaille Alexandre Holroyd, député (LaREM) des Français établis au Royaume-Uni et dans le nord de l’Europe, cité par le quotidien.

Relations tendues

Le nouveau Premier ministre n’est en outre pas très populaire auprès de ses homologues européens. Pour Bruxelles en effet, « pas question d’une renégociation de l’accord de retrait mis au point par Michel Barnier« , rapporte Le Monde. Et plus généralement, « les experts ne cachent pas leur réticence à commencer des débats avec un responsable qui n’a jamais hésité à répandre des mensonges sur l’Europe« , poursuit le journal.

Outre-Rhin, « Boris Johnson incarne tout ce que les Allemands détestent : le dilettantisme, l’imprévisibilité, le non-respect de la parole donnée« , observe Mark Leonard, directeur de l’European Council on Foreign Relations, interrogé par Le Monde.

Même si pour l’heure la politesse est de mise, M. Johnson ayant reçu les félicitations de la prochaine présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Tandis qu’Emmanuel Macron s’est déclaré « désireux de travailler avec Boris Johnson au plus vite » [RTBF].

Mais en définitive, le meilleur allié de celui que l’on surnomme « Bojo » sera probablement le président américain. « Il sera formidable« , a ainsi déclaré hier sur Twitter Donald Trump, qui entretenait des relations pour le moins tendues avec Theresa May, rappelle 20 minutes. « Ce sont, sur le papier, des frères idéologiques, à droite, populistes, contre le politiquement correct et anti-establishment« , indique au journal Ian Bremmer, président de la société d’expertise Eurasia Group.

Même si avec les Etats-Unis aussi les relations pourraient se refroidir rapidement, en raison du dossier iranien, « premier test de politique étrangère » pour Boris Johnson, selon La Croix. Car jusqu’à présent, le Royaume-Uni a défendu le bienfondé de l’accord sur le nucléaire iranien, que Donald Trump rejette frontalement.

Source : www.touteleurope.eu

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