Coronavirus : comment l’Union européenne peut-elle éviter une nouvelle crise économique ?

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Durement touchée par le Covid-19, l’Europe traverse une crise sanitaire aux conséquences macro-économiques importantes, tant pour les marchés financiers que les entreprises ou les budgets nationaux. Pour éviter de sombrer dans une nouvelle crise économique ou en limiter les effets, l’Union européenne dispose de plusieurs instruments.

« Whatever it takes« . Ces trois mots, prononcés par l’ancien président de la Banque centrale européenne Mario Draghi en pleine crise de la zone euro en 2012, sont à nouveau sur les lèvres des dirigeants du monde entier depuis le début de l’épidémie de Covid-19. Repris par Donald Trump, Boris Johnson, mais aussi Emmanuel Macron dans leur version française, « quoi qu’il en coûte » ils laissent entendre que tous les moyens sont bons pour éviter que la crise sanitaire actuelle n’engendre une nouvelle crise économique.

Les premiers effets de la pandémie de Covid-19 se font néanmoins déjà sentir sur l’économie mondiale et européenne : depuis la fin du mois de février, les principales places boursières ont fortement chuté (le CAC40 a notamment perdu 33 % de sa valeur entre le 20 février et le 20 mars), le commerce international est fortement ralenti et l’activité économique mondiale souffre des différentes mesures de confinement qui touchent un tiers de la population mondiale au 25 mars. Une récession mondiale est ainsi prévue par le FMI pour l’année 2020, tandis que la présidente de la BCE Christine Lagarde a estimé que le PIB de l’Union européenne pourrait connaître une baisse de 5 % sur la même période.

Alors que l’Europe est désormais l’épicentre de la pandémie, les Etats les plus touchés – et les moins robustes économiquement – ont appelé au soutien de l’Union. La Commission européenne, la BCE et le Conseil des ministres des Finances de l’UE, qui disposent de multiples instruments de soutien à l’économie européenne, ont déjà adopté plusieurs mesures. Qu’elles soient budgétaires ou monétaires, ces politiques visent tout d’abord à fournir un appui financier aux Etats membres dans leur lutte contre l’épidémie dans le contexte exceptionnel de cette crise sanitaire. Elles visent également à rassurer les marchés financiers, afin de préserver la valeur de l’euro mais aussi de limiter le poids de la dette des Etats européens et les retombées négatives pour les entreprises du continent.

 

Des aides financières directes et indirectes

Dès le lendemain du « lundi noir » connu par les bourses européennes le 9 mars dernier, les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne se sont réunis en Conseil européen extraordinaire par visioconférence. Alors que plusieurs ministres et responsables avaient déjà appelé à la mise en place d’un plan de relance coordonné au niveau européen, la présidente de la Commission européenne a annoncé le 13 mars la création d’un fond d’investissement de 37 milliards d’euros (alors que 25 milliards étaient prévus initialement), issus des fonds normalement dédiés à la politique de cohésion. L’objectif : soutenir les systèmes de santé nationaux, mais également les entreprises et les travailleurs touchés par les conséquences de l’épidémie.

Ce fonds sera cofinancé par les Etats membres et par le budget européen. Bruxelles entend notamment fournir un apport d’un milliard d’euros, en garantie au Fonds européen d’investissement, afin de mobiliser auprès des banques un total de 8 milliards d’euros d’aides aux PME et ETI, par effet de levier.

A la manière des fonds de cohésion, l’Union européenne peut affecter plusieurs instruments financiers existants à la lutte contre la crise : elle dispose en effet de plusieurs fonds européens aux champs d’application très larges, qu’elle peut ainsi mobiliser. C’est notamment le cas du Fonds européen d’ajustement à la mondialisation (qui dispose de 179 millions d’euros pour l’année 2020), ou du Fonds de solidarité de l’UE (800 millions d’euros), que Bruxelles envisage de solliciter.

 

Assouplissement des règles européennes

En situation d’urgence sanitaire et économique, l’Union peut être amenée déroger à certaines règles. Dans le domaine de la concurrence, elle a notamment autorisé les Etats à fournir des aides publiques exceptionnelles (comme des reports d’impôts ou des allègements de charges, normalement interdits) aux secteurs économiques à risque, ainsi qu’à procéder à des mesures de sauvetage en dernier recours.

Si l’assouplissement des règles sur les aides d’Etat avait déjà été instauré par le passé, d’autres règles économiques n’avaient jusqu’alors jamais été touchées, même en cas de crise. C’est notamment le cas des règles budgétaires, qui encadrent le déficit des Etats membres de l’UE : cette « règle d’or », introduite en 1993, impose aux Etats de contenir leur déficit public en dessous de 3 % du PIB (produit intérieur brut) et leur dette en dessous de 60% du PIB . Lundi 23 mars, les ministres des Finances de l’UE ont acté la suspension temporaire de ces règles. Une décision prise pour laisser plus de latitude aux Etats pour investir dans la lutte contre l’épidémie sur les plans sanitaire et économique. Même les Pays-Bas et l’Allemagne, pourtant défenseurs historiques de l’orthodoxie budgétaire, ont approuvé cette suspension.

Certains des Etats les plus touchés par la pandémie, comme l’Italie, l’Espagne ou encore la France, comptent aussi parmi les plus endettés de l’Union européenne (95 % du PIB en 2018 pour la France). Pris en étau entre des objectifs de rigueur budgétaire et l’urgence sanitaire, ils souhaiteraient pouvoir continuer à s’endetter et accueillent donc très favorablement cet assouplissement des règles. Cette perspective inquiète néanmoins les Etats aux finances publiques plus « saines », comme les Pays-Bas ou l’Allemagne, qui s’opposent à l’accroissement des dettes de leurs voisins. Berlin et La Haye craignent en effet que ces dettes grandissantes déstabilisent la zone euro et plongent le continent dans une crise comparable à celle partie de Grèce en 2009.

 

Faciliter l’endettement et rassurer les marchés

La France, l’Espagne et l’Italie continuent pour leur part de défendre des mesures exceptionnelles d’investissement – donc d’endettement – mais entendent en mutualiser la charge. Pour cela, plusieurs approches sont proposées par leurs gouvernements :

  • L’utilisation du Mécanisme européen de stabilité (MES) : créé en 2012, ce mécanisme fait office de « FMI européen ». Il peut financer la dette nouvellement émise des Etats à des taux d’intérêts plus faibles que ceux des marchés, auprès desquels les Etats empruntent habituellement. Il peut également racheter les obligations déjà émises sur les marchés, mais dont la valeur chuterait, pour en relever le cours. Le MES dispose d’un capital de 700 milliards d’euros, constitué entre 2012 et 2014 par des contributions des budgets nationaux. Ce mécanisme permettrait ainsi de racheter la dette des Etats qui éprouvent des difficultés à se financer. Il permettrait de transférer le « poids » de ces obligations du niveau national au niveau de la zone euro.
  • La création de « corona bonds » : cette proposition reprend l’idée des eurobonds, ou « Euro-obligations », avancée au début des années 2010. Elle va plus loin que le Mécanisme européen de stabilité dans le principe de solidarité entre les membres de la zone euro. En effet, pour les Etats membres, il ne s’agit plus simplement de financer une institution chargée de racheter les dettes des pays en difficulté. Le principe du corona bond consiste directement à émettre des obligations de dette, non pas nationales, mais communes à la zone euro. La mise en place d’un tel dispositif permettrait ainsi de mutualiser intégralement la dette contractée par les pays de la zone euro, dans le cadre de la lutte contre la pandémie de Covid-19. Et donc de permettre aux Etats les plus fragiles financièrement de bénéficier de la crédibilité des Etats plus vertueux comme l’Allemagne.

Ces deux propositions, en mutualisant une part de l’endettement des Etats, visent à rassurer les marchés d’obligations. En temps normal, si un Etat est plus durement touché par la crise, sa capacité de remboursement est mise en doute, inquiète les investisseurs et entraîne une hausse des taux d’intérêt à l’emprunt. La mise en place de « filets de sécurité » institutionnels et d’une solidarité au niveau européen est ainsi censée contenir cette envolée, et permettre aux Etats de s’endetter en limitant les risques.

La Banque centrale européenne peut également jouer ce rôle de filet de sécurité ; elle l’a d’ailleurs joué lors de la crise des dettes souveraines, entre 2015 et 2018. En achetant des titres de dette sur les marchés, la BCE fait baisser les taux d’emprunt, permettant aux Etats – et aux entreprises – de s’endetter à moindre coût. Le 18 mars dernier, la BCE a ainsi annoncé son intention de racheter 750 milliards d’euros d’actifs supplémentaires sur les marchés, portant le plan de rachat total à 1050 milliards d’euros sur l’année 2020. Un montant record, dépassant même les opérations de rachat menées par l’institution au cours de la crise de la zone euro.

 

L’économie mondiale est désormais entrée en récession

« Il est clair que l’économie mondiale est désormais entrée en récession, conséquence de la pandémie de coronavirus qui se propage dans le monde« , a annoncé la directrice générale du FMI Kristalina Goergieva, vendredi 27 mars, lors d’une vidéo-conférence de presse. La patronne du FMI n’est pas pessimiste quant à une reprise en 2021, mais à condition que « les gouvernements prennent des mesures adéquates et coordonnées« .

 

Source : touteleurope.eu

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