L’Union européenne, cheffe d’orchestre de l’action internationale contre le coronavirus ?

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En organisant une conférence pour le financement de la réponse globale à la pandémie de coronavirus le 4 mai, la Commission européenne a permis de lever 7,4 milliards d’euros destinés à la recherche contre le virus. Et au passage remporté une victoire diplomatique importante, replaçant le Vieux Continent au centre du jeu géopolitique en période de crise sanitaire mondiale.

A l’heure des fermetures de frontières et des attaques américaines à l’encontre de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’Union européenne vient-elle de remporter une victoire et par là-même faire prévaloir sa vision multilatéraliste de l’ordre mondial ? Le résultat de la Conférence mondiale des donateurs en faveur de la recherche contre le coronavirus, organisée lundi 4 mai en vidéo-conférence depuis Bruxelles par la Commission européenne, semble en tout cas conforter cette analyse. Elle a en effet permis de collecter 7,4 milliards d’euros de promesses de dons, en provenance d’une quarantaine d’Etats et de plusieurs organisations internationales et non-gouvernementales.

Cette initiative s’inscrit dans la lignée de plusieurs déclarations prônant une action massive et concertée au niveau mondial : celle des dirigeants des Etats du G20, qui s’étaient engagés le 26 mars dernier à « combattre ensemble la pandémie« , et celle de l’OMS, qui rappelait le 24 avril dernier que « personne ne devait être laissé de côté« . Elle marque également le coup d’envoi du programme Access to COVID-19 tools (ACT-Accelerator). Prévu pour durer deux ans, celui-ci a pour objectif « d’accélérer le développement, la production et l’accès mondial et équitable aux technologies sanitaires essentielles contre le Covid-19« , ainsi que de renforcer les systèmes de santé les plus fragiles et les plus submergés par la pandémie. En clair : parvenir le plus vite possible à trouver un vaccin ou un traitement, et en assurer la distribution globale.

Activisme européen

En organisant l’événement du 4 mai, l’Union européenne confirme qu’elle est l’un des principaux partisans d’une action concertée au niveau mondial pour lutter contre la pandémie. La Commission européenne avait en effet déjà annoncé lever près 140 millions d’euros pour financer la recherche européenne sur le coronavirus, ainsi qu’une aide internationale aux pays d’Afrique, d’Asie ou encore des Balkans à hauteur de 15,6 milliards d’euros. Le 24 avril, elle avait participé au lancement du dispositif baptisé ACT, pour l’accès aux outils de lutte contre le Covid-19 (Access to COVID-19 tools) aux côtés de nombreuses organisations internationales et fondations (OMS, Gavi…) et Etats.

A travers cette conférence de donations et les milliards d’euros levés, l’Union défend au passage sa vision d’un ordre mondial multilatéraliste et réaffirme son rôle dans ce système. Pour ce faire, elle a pu compter sur l’appui de certains de ses Etats membres. Parmi les huit nations accompagnant l’UE et le G20 dans cet appel aux dons se trouvent la France, l’Allemagne, l’Espagne et l’Italie, ainsi que des partenaires proches, comme le Royaume-Uni ou la Norvège. Les résultats financiers de cette levée de fonds confirment d’ailleurs cette prédominance de l’Europe dans l’action internationale : sur les 7,4 milliards d’euros collectés, plus de 4 milliards proviennent de pays européens, et de l’UE elle-même.

Mobilisation de tous, pour tous

Si la tenue d’un « téléthon » international pour lutter contre une crise n’est pas une première, l’UE a cette fois-ci réussi à mobiliser au-delà des gouvernements : les organisations internationales ont répondu à l’appel, l’ONU et l’OMS en tête, ainsi que plusieurs acteurs économiques (Banque mondiale, Forum économique mondial) et non-gouvernementaux, comme la Fondation Bill et Melinda Gates.

Cette vaste coalition a rappelé, au cours des diverses interventions qui ont ponctué la conférence, l’ampleur de l’enjeu auquel elle fait face et la nécessité d’y répondre par une action concertée. « Tant que tout le monde n’est pas à l’abri, personne n’est à l’abri« , a averti le secrétaire général des Nations unis, le Portugais António Guterres. « Le coût de l’inaction serait bien supérieur » à celui que nécessite la lutte contre le virus, a également rappelé le président du Conseil européen Charles Michel. Les responsables politiques présents à l’événement ont insisté sur la dimension sociale de la crise du Covid-19 et sur l’importance de financer des programmes humanitaires pour ne pas aggraver les inégalités au niveau mondial. Le chef du gouvernement espagnol Pedro Sánchez a ainsi souligné le défi de « justice sociale » inhérent à la lutte contre la pandémie ; la chancelière allemande, Angela Merkel, a pour sa part appelé à employer les fonds collectés au renforcement des systèmes de santé des pays du Sud, tandis que le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki a rappelé l’assistance fournie par son pays à l’Ukraine et à la Biélorussie. « Nous ne devons laisser personne derrière« , a insisté la Première ministre norvégienne Erna Solberg. « Quel bien ferons-nous vraiment si l’on sauve les gens de l’épidémie, pour les laisser mourir de pauvreté ?« , a finalement interrogé la présidente de la Confédération suisse Simonetta Sommaruga lors de sa déclaration.

L’UE en première ligne

En posant les premières pierres de cette coopération internationale, l’Union européenne se distingue des autres grandes puissances mondiales. Alors que les Etats-Unis, qui ont suspendu leur contribution à l’OMS et n’ont pas répondu à l’appel de la Commission, adoptent une position de repli, et que les critiques à l’encontre de la politique sanitaire chinoise se multiplient, les regards convergent vers le continent européen. L’OMS craint en effet que la compétition entre ces grandes puissances dans la recherche d’un vaccin ne prenne le pas sur la coopération et la solidarité. Or, face à ce danger, l’Union européenne se présente comme l’interlocuteur idéal.

Et pour cause : en répondant à l’appel international et en organisant cette conférence, l’UE s’inscrit dans l’approche prônée par l’OMS. Une approche qu’elle partage sur le fond, et qui, sur la forme, lui permet de se replacer au centre de l’échiquier géopolitique actuel. C’est en tout cas l’avis de nombreux observateurs, dont la correspondante à Bruxelles du New York Times Matina Stevis-Gridneff, qui voit l’organisation de cet événement par la Commission comme une « démonstration rare de leadership global« . Une analyse partagée par la présidente de l’exécutif européen Ursula von der Leyen, qui n’a pas manqué de souligner l’apport européen en la matière : dans sa déclaration de conclusion à l’issue de la conférence, elle a loué le travail de la Commission et salué le « point de départ » d’une « réponse globale« , qui « doit également inclure la société civile, et la communauté mondiale des citoyens« .

Source : ToutelEurope.eu

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